mardi 24 juin 2008

Piscine, maison, piscine encore...





La semaine qui s'achève a vraiment été une affaire d'eau. D'abord, lundi dernier (pas hier car j'étais à la maison), soit le 16 juin, j'ai enfin pu aller à la piscine de Lucie-Bruneau, après 4 semaines de remises pour toutes sortes de raisons (qui staphylloque doré, qui plaies ouvertes à la cuisse, qui congé de la thérapeute...). Catherine a pu m'accompagner dans cette magnifique piscine, après s'être acheté un maillot à la dernière minute, et elle aussi a adoré l'expérience. Je peux vous dire que nager avec seulement ses bras, c'est une autre expérience. Ça n'a rien en commun avec le barbotage que je faisais durant quelques minutes dans ma piscine.
Puis, la semaine dernière s'est envolée rapidement, avec une amélioration de ma continence (surtout diurne), la routine habituelle des thérapies, une visite à la clinique de radiologie (où les appareils adaptés sont plutôt dans leur imagination, mais enfin...), etc.
Je me suis permis une sortie de weekend allongée, soit de samedi à mardi. C'est ma plus longue sortie depuis les vacances de Noel. C'est là que la piscine revient à la surface, puisque nous avions les maçons qui ont sablé la piscine et commencé à refaire le tour. C'est un travail complexe, car la piscine a déjà trente ans. Samedi, nous avons eu le bonheur de la visite de la famille Verreault, qui nous ont apporté et cuisiné au barbecue un véritable festin. Eric est un blogueur régulier de cette chronique. Merci à vous et que Dieu continue de vous accompagner; il vous fait du bien! Lundi, la pluie a chassé les maçons, qui sont revenus en force aujourd'hui. Les travaux avancent enfin. Clément et moi sommes allés magasiner au Fairview: chemises, pantalons, petit fourre-tout...
Aujourd'hui, le 24 juin, c'est l'anniversaire de mariage de Anne et Nicolas. Nous avons fêté cela en famille (sauf Nicolas, principal intéressé, qui bosse comme un enragé pour finir sa thèse avant leur départ pour les vacances en France). Joyeux anniversaire, Anne et Nicolas ! Et que la paix et le bonheur vous accompagnent. Les prochains mois sont les plus beaux de votre vie. Ils vous appartiennent; ne laissez aucun nuage les assombrir. Nicolas, vois le bonheur dans le visage d'Anne de t'offrir ce garçon tant désiré (oui! ce sera un garçon). Tiens! il pourrait bien s'appeler Désiré, ce petit Pochet français et canadien... 
Nicolas et Anne, souvenez-vous des larmes de bonheur qui ont coulé sur les joues de Catherine et de Normand quand vous nous avez annoncé la bonne nouvelle. Ce sont ces larmes que nous vous offrons; oubliez celles des petites difficultés rencontrées sur le chemin de la réhabilitation et du retour au bercail; 40 ans d'amour en viendront bien à bout.
Bonjour à la famille de France et merci d'accueillir ce premier petit-fils (dans les deux familles): je vous souhaite autant de bonheur que de ce côté-ci de l'Atlantique. Gilda, afin de mieux tenir ma promesse, je me suis inscrit à un cours  sur ;es nouveaux-nés.
La sortie tire à sa fin; je serai de retour à Lucie-Bruneau après le souper. Si de nouvelles péripéties surviennent, je publierai un autre message. Sinon, j'écrirai bien quelques élucubrations pour vous garder en appétit. 


mercredi 18 juin 2008

C'est reparti... et bien réparti

Toujours fort sur les mots, comme vous le voyez par le titre. Pas encore à la hauteur de mes adversaires le plus coriaces au scrabble (Nicolas, le numero uno; et loin derrière mais tout de même une grosse pointure, Pierre Séguin dit La Déroute), mais j'y travaille.

Juste un petit mot pour préciser la question des visites. Veuillez considérer ce message comme une invitation.

Chez Lucie-Bruneau, je suis un peu comme à la maison. Je peux recevoir qui je veux quand je veux. Il n'y a pas d'horaire ni de couvre-feu pour les visites. Les seules restrictions seraient mon propre horaire, mes visites à l'extérieur, ma bonne santé et aussi celle de mes visiteurs (n'apportez pas votre grippe!), les conflits potentiels de visites. Il est toujours prudent de me donner un coup de fil (cell 514 346 1723) avant de venir.

Règle générale, je suis occupé du lundi au jeudi, du matin jusqu'au milieu de l'après-midi (16h). Toutes les soirées sont libres, jusqu'à 23h. Le vendredi, c'est libre toute la journée. Les samedis et dimanches, je suis à la maison (là où je suis "visitable" aussi). Et pour une petite visite rapide, il y a aussi tous les midis de la semaine; on peut alors manger ensemble à la cafétéria. Ce n'est pas mauvais, vous verrez...

Je ne suis pas obligé de garder ma chambre. Si vous avez une sortie à me proposer, je suis toujours "game", sauf mauvais soubresaut de ma santé. Mais il faut alors envisager le transport si la sortie est à plus d'un ou deux kilomètres de Lucie-Bruneau. Ce n'est pas impossible, surtout si on implique Clément, mon taxi privé. Il y a aussi les taxis adaptés. Proposez, et j'essaierai de disposer.

J'aime et j'apprécie vos visites, votre soutien, et je suis content de pouvoir utiliser ce blog pour vous parlez où que vous soyez dans le monde. Mais n'oubliez pas Catherine, l'autre moitié de moi-même. Elle ne participera pas à ce blog, car elle n'est guère techno. Elle se retrouve seule depuis 10 mois, et elle sera seule pour encore plusieurs mois, avec sur les bras son tétraplégique, sa maison subitement devenue grande et qu'elle doit maintenant adapter, son travail, sa fille enceinte et un agenda impossible. Ça lui fait tellement de bien de recevoir un coup de fil, une invitation (pour nous deux ou pour elle toute seule), un mot, une main tendue quoi...

Continuez de m'écrire. Ciao!

samedi 14 juin 2008

Enfin une mise à jour

Samedi 14 juin 2008

J'avais inscrit 2007 pour l'année, comme si le temps s'était arrêté depuis 10 mois. Pas pour vous, mes bons amis, qui continuez votre vie trépidante et qui trouvez tout de même le temps de venir lire ce blog, mais pour moi, confiné dans une chambre  d'hôpital et obligé de réapprendre les choses les plus élémentaires: respirer, avaler, manger, uriner, m'habiller, sortir de mon lit, etc.

J'ai promis à Anne et Pierre Éloi de prendre le bâton de ce blog et de vous envoyer de mes nouvelles de temps en temps. Ils ont fait un travail extraordinaire malgré leurs horaires chargés: Anne en rédaction de thèse, en charge de la maison quand Catherine est à mon chevet, enceinte depuis bientôt cinq mois... Pierre Éloi, jeune recrue d'un grand bureau d'avocats et champion des heures travaillées, rénovateur de sa nouvelle maison quand il lui reste quelques minutes, politicien encore actif. Ils ont fait des miracles et je les en remercie.

Clément, de son côté, n'a pas chômé: il s'occupe du building, du parking, de la comptabilité affaires et domestique, de sa nouvelle maison, en somme de tout; il a trouvé le temps de terminer son mémoire de maîtrise et on vous enverra bientôt une photo avec le beau chapeau carré; il trouve aussi le temps de me servir de chauffeur, à bord de sa Scoubidou, qui m'amène à la maison, au resto, à l'Oratoire, à mes rendez-vous médicaux, au Centre Bell, à la vie quoi.

Nicolas et Caroline continuent de mettre l'épaule à la roue; ils ont vécu cette expérience non prévue en appuyant non seulement leur conjoint mais en étant d'un secours non mesurable auprès des autres membres de cette famille tricotée serrée, et surtout auprès de Catherine et de moi.

Que dire de Catherine, la femme orchestre, qui continue de venir me visiter presque tous les jours, m'apporte de la bouffe maison, du courrier, des journaux, etc., de l'affection et de l'inquiétude aussi; elle s'occupe du jardin et de la maison, des rénovations en cours, des automobiles, de son bureau et de ses clients, de ses électeurs et de sa ville, de sa petite famille, de nos parents et amis, des anniversaires, de mon calendrier, de ma santé, de ma diète, de mes vêtements, de mes pilules et de mes cathétérismes, et j'en passe plus que je n'en ai nommés. Et regardez-là: elle est fraîche comme une fleur du printemps, sourire aux lèvres et toujours prête à aider un clochard croisé sur la rue. C'est comme ça qu'il faut survivre à un accident.

Mais passons aux actualités. Je suis au Centre de réadaptation Lucie-Bruneau depuis la fin avril (déjà sept semaines) ou je suis sensé compléter ma réadaptation. Le tempo y est résolument plus 'relax'. Les 4 ou 5 premières semaines, on m'observe et on fait le point sur mon état général. On prend acte de ce qui a déjà été accompli à l'IRM et des objectifs que j'ai moi-même énoncés. Cela se fait en étroite collaboration avec Catherine et la famille, qui participent à toutes les réunions du PII (le plan d'intervention individuel).

 J'ai manifesté le désir de retrouver le plus d'autonomie possible, afin notamment de pouvoir faire seul, sans intervention ni surveillance, les actes de la vie "normale": me lever, prendre ma douche, préparer mes repas, monter et descendre d'une voiture, la conduire seul, lire, utiliser un ordinateur, faire des courses, utiliser les toilettes de la maison ou les toilettes publiques, me mettre au lit. J'ai aussi demandé qu'on m'inscrive à un programme "parent plus", car il n'est pas question que je renonce à soigner Junior(e) Pochet. (C'est pour lui, ma famille et mes amis, que j'ai trouvé la force de rester en vie.)

Ce n'est pas un mince programme "quand on a que l'amour" (Brel) et ses bras pour y parvenir. Ici, on me parle d'un séjour supplémentaire indéterminé (un ou deux mois, plus si nécessaire) pour stabiliser ma santé: hypotension, escarres, incontinence, régulation thermique, dysréflexie, et la santé psychologique, qui demande un peu d'attention. Le tout suivi d'un séjour en appartement supervisé, d'une durée de 2 à 6 mois. Je ne serai donc pas à la maison avant l'hiver, si tout va bien.

Côté acquisitions, je prends ma douche et me lave seul; je m'habille seul, y compris les bas pression; je fais mes transferts sans aide mais avec surveillance (à cause des escarres); je fais seul mes cathétérismes et mon curage; depuis longtemps je mange seul; je fais seul ma lessive; ma capacité respiratoire est passée de 60% à plus de 80%; la force de mes bras, de mes mains et de mes doigts a plus que doublé, surtout côté gauche, le plus hypothéqué; mon équilibre s'améliore et j'ai pratiquement réglé mes problèmes d'hypotension. Depuis que la neige a fondu, je me suis permis des excursions, parfois sans accompagnateur: promenades, restos, cinéma, centres commerciaux...

Côte travaux, il faut attendre les appoints de la SAAQ et d'un tas d'autres intervenants avant de planter un clou, si bien que je n'ai toujours pas de salle de bain accessible au Cap St-Jacques. Catherine a tout de même entrepris plein de travaux, dont notamment la rénovation de la piscine. D'ici quelques mois nous l'espérons, nous aurons aménagé la salle de bains au rez-de-chaussée (la conversion d'une partie du salon en chambre est pratiquement terminée), nous aurons élargi et automatisé la porte d'entrée, aménagé des rampes d'accès permanentes, installé un système de domotique pour me faciliter la vie; enfin, j'aurai remplacé l'auto par une véhicule adapté à ma condition.

Les prochains mois me verront apprivoiser la piscine, la conduite automobile, le soin des nouveau-nés, la réintégration dans mes activités tant professionnelles que familiales. En appartement, je devrai réapprendre à faire mes repas, mes emplettes, la lessive et le ménage, recevoir les miens et mes amis plutôt que d'être reçu. Il faut aussi savoir gérer les hauts et les bas de cette réadaptation, car on nous prévient: ce n'est pas "une promenade dans le parc" (a walk in the park); c'est une longue route semée d'embûches, de gains mais aussi de reculs, d'espoirs mais aussi de déceptions.

Surtout, c'est un deuil: de celui que j'étais, des projets qui sont devenus impossibles, du bonheur facile dont on a rêvé, des amis qui sont disparus. Mon château de cartes s'est écroulé, mon château de sable a été détruit par une seule vague, mon château en Espagne est devenu encore plus inaccessible... Quand j'aurai fait le deuil de mes châteaux, il me restera ma famille, ma maison, les amis qui me sont restés fidèles (vous vous reconnaissez), et toute cette troisième vie que je dois à Dieu, à mère Marie-Anne, au bon petit saint Robert, ancien curé de ma paroisse, à ma femme Catherine et ceux qui m'ont donné le courage de vivre.

Je vous reviendrai, en moins long je l'espère. Vos commentaires sont la vie de ce blog. Je les ai tous lus et ils m'ont incité à lui redonné un souffle qui se rendra jusqu'aux USA et en Nouvelle-Zélande pour revenir par la France. Merci de votre soutien.