J'avais inscrit 2007 pour l'année, comme si le temps s'était arrêté depuis 10 mois. Pas pour vous, mes bons amis, qui continuez votre vie trépidante et qui trouvez tout de même le temps de venir lire ce blog, mais pour moi, confiné dans une chambre d'hôpital et obligé de réapprendre les choses les plus élémentaires: respirer, avaler, manger, uriner, m'habiller, sortir de mon lit, etc.
J'ai promis à Anne et Pierre Éloi de prendre le bâton de ce blog et de vous envoyer de mes nouvelles de temps en temps. Ils ont fait un travail extraordinaire malgré leurs horaires chargés: Anne en rédaction de thèse, en charge de la maison quand Catherine est à mon chevet, enceinte depuis bientôt cinq mois... Pierre Éloi, jeune recrue d'un grand bureau d'avocats et champion des heures travaillées, rénovateur de sa nouvelle maison quand il lui reste quelques minutes, politicien encore actif. Ils ont fait des miracles et je les en remercie.
Clément, de son côté, n'a pas chômé: il s'occupe du building, du parking, de la comptabilité affaires et domestique, de sa nouvelle maison, en somme de tout; il a trouvé le temps de terminer son mémoire de maîtrise et on vous enverra bientôt une photo avec le beau chapeau carré; il trouve aussi le temps de me servir de chauffeur, à bord de sa Scoubidou, qui m'amène à la maison, au resto, à l'Oratoire, à mes rendez-vous médicaux, au Centre Bell, à la vie quoi.
Nicolas et Caroline continuent de mettre l'épaule à la roue; ils ont vécu cette expérience non prévue en appuyant non seulement leur conjoint mais en étant d'un secours non mesurable auprès des autres membres de cette famille tricotée serrée, et surtout auprès de Catherine et de moi.
Que dire de Catherine, la femme orchestre, qui continue de venir me visiter presque tous les jours, m'apporte de la bouffe maison, du courrier, des journaux, etc., de l'affection et de l'inquiétude aussi; elle s'occupe du jardin et de la maison, des rénovations en cours, des automobiles, de son bureau et de ses clients, de ses électeurs et de sa ville, de sa petite famille, de nos parents et amis, des anniversaires, de mon calendrier, de ma santé, de ma diète, de mes vêtements, de mes pilules et de mes cathétérismes, et j'en passe plus que je n'en ai nommés. Et regardez-là: elle est fraîche comme une fleur du printemps, sourire aux lèvres et toujours prête à aider un clochard croisé sur la rue. C'est comme ça qu'il faut survivre à un accident.
Mais passons aux actualités. Je suis au Centre de réadaptation Lucie-Bruneau depuis la fin avril (déjà sept semaines) ou je suis sensé compléter ma réadaptation. Le tempo y est résolument plus 'relax'. Les 4 ou 5 premières semaines, on m'observe et on fait le point sur mon état général. On prend acte de ce qui a déjà été accompli à l'IRM et des objectifs que j'ai moi-même énoncés. Cela se fait en étroite collaboration avec Catherine et la famille, qui participent à toutes les réunions du PII (le plan d'intervention individuel).
J'ai manifesté le désir de retrouver le plus d'autonomie possible, afin notamment de pouvoir faire seul, sans intervention ni surveillance, les actes de la vie "normale": me lever, prendre ma douche, préparer mes repas, monter et descendre d'une voiture, la conduire seul, lire, utiliser un ordinateur, faire des courses, utiliser les toilettes de la maison ou les toilettes publiques, me mettre au lit. J'ai aussi demandé qu'on m'inscrive à un programme "parent plus", car il n'est pas question que je renonce à soigner Junior(e) Pochet. (C'est pour lui, ma famille et mes amis, que j'ai trouvé la force de rester en vie.)
Ce n'est pas un mince programme "quand on a que l'amour" (Brel) et ses bras pour y parvenir. Ici, on me parle d'un séjour supplémentaire indéterminé (un ou deux mois, plus si nécessaire) pour stabiliser ma santé: hypotension, escarres, incontinence, régulation thermique, dysréflexie, et la santé psychologique, qui demande un peu d'attention. Le tout suivi d'un séjour en appartement supervisé, d'une durée de 2 à 6 mois. Je ne serai donc pas à la maison avant l'hiver, si tout va bien.
Côté acquisitions, je prends ma douche et me lave seul; je m'habille seul, y compris les bas pression; je fais mes transferts sans aide mais avec surveillance (à cause des escarres); je fais seul mes cathétérismes et mon curage; depuis longtemps je mange seul; je fais seul ma lessive; ma capacité respiratoire est passée de 60% à plus de 80%; la force de mes bras, de mes mains et de mes doigts a plus que doublé, surtout côté gauche, le plus hypothéqué; mon équilibre s'améliore et j'ai pratiquement réglé mes problèmes d'hypotension. Depuis que la neige a fondu, je me suis permis des excursions, parfois sans accompagnateur: promenades, restos, cinéma, centres commerciaux...
Côte travaux, il faut attendre les appoints de la SAAQ et d'un tas d'autres intervenants avant de planter un clou, si bien que je n'ai toujours pas de salle de bain accessible au Cap St-Jacques. Catherine a tout de même entrepris plein de travaux, dont notamment la rénovation de la piscine. D'ici quelques mois nous l'espérons, nous aurons aménagé la salle de bains au rez-de-chaussée (la conversion d'une partie du salon en chambre est pratiquement terminée), nous aurons élargi et automatisé la porte d'entrée, aménagé des rampes d'accès permanentes, installé un système de domotique pour me faciliter la vie; enfin, j'aurai remplacé l'auto par une véhicule adapté à ma condition.
Les prochains mois me verront apprivoiser la piscine, la conduite automobile, le soin des nouveau-nés, la réintégration dans mes activités tant professionnelles que familiales. En appartement, je devrai réapprendre à faire mes repas, mes emplettes, la lessive et le ménage, recevoir les miens et mes amis plutôt que d'être reçu. Il faut aussi savoir gérer les hauts et les bas de cette réadaptation, car on nous prévient: ce n'est pas "une promenade dans le parc" (a walk in the park); c'est une longue route semée d'embûches, de gains mais aussi de reculs, d'espoirs mais aussi de déceptions.
Surtout, c'est un deuil: de celui que j'étais, des projets qui sont devenus impossibles, du bonheur facile dont on a rêvé, des amis qui sont disparus. Mon château de cartes s'est écroulé, mon château de sable a été détruit par une seule vague, mon château en Espagne est devenu encore plus inaccessible... Quand j'aurai fait le deuil de mes châteaux, il me restera ma famille, ma maison, les amis qui me sont restés fidèles (vous vous reconnaissez), et toute cette troisième vie que je dois à Dieu, à mère Marie-Anne, au bon petit saint Robert, ancien curé de ma paroisse, à ma femme Catherine et ceux qui m'ont donné le courage de vivre.
Je vous reviendrai, en moins long je l'espère. Vos commentaires sont la vie de ce blog. Je les ai tous lus et ils m'ont incité à lui redonné un souffle qui se rendra jusqu'aux USA et en Nouvelle-Zélande pour revenir par la France. Merci de votre soutien.
9 commentaires:
CHER NORMAND, JE SAIS QUE J'AI EU PEU DE TEMPS POUR TE CONNAITRE CAR JE SUIS DEVENU MAIRGUILLER QUE 8 OU 9 MOIS AVANT TON ACCIDENT. MAIS QUEL HOMME J'AI DECOUVERT EN TOI ET TA DOUCE ET TENDRE MOITIE QUI INCARNE LA GENEROSITE ET LE DON DE SOI TEL QUE DIEU NOUS LE DEMANDE.
JE SUIS TRES HEUREUX DE SAVOIR QUE MALGRE TOUS LES OBSTACLES QUE TU AS TRAVERSES A DATE, LE MORAL EST TOUJOURS BON.
SVP CONTINUE ET NE LACHE PAS TU ES MAINTENANT PRES DU BUT.
JE VOUS SOUHAITE BEAUCOUP DE BONHEUR DANS L'AVENIR ET DE PLUS TU SERAS UN EXCELLENT GRAND-PAPA GATEAU DANS QUELQUES MOIS.
SALUTATION
ERIC VERREAULT ET MARIE-JEANNE
Chers Eric et Marie-Jeanne,
Merci de votre message d'espoir. Fidèles lecteurs de ce blog, cette mise à jour vous était particulièrement adressée. Je m'attendais bien à ce que vous soyez les premiers à la commenter.
Si un marguillier a des photos des travaux à notre belle église, je serais heureux de les voir.
Grand-papa gâteau oui, surtout pour ce que je pourrai apporter de plus à ce cadeau du ciel: du temps, de l'amour et des caresses bien sûr, mais des valeurs aussi (culturelles, morales, historiques...).
Au plaisir de vous revoir, sinon à l'église, peut-être lors d'une éventuelle visite ici à Lucie-Bruneau. Donnez-moi un coup de fil avant de passer ( cell 514 346 1723 ).
RE-BONJOUR NORMAND,
CE SOIR OU DEMAIN SELON LA TEMPERATURE NOUS IRONS PRENDRE DES PHOTOS POUR ENSUITE ALLER TE VOIR ET TE LES MONTRER.
PARCONTRE IL N'Y A QUE LE PARVI DE COMPLETE CAR IL A FALLU BEAUCOUP DE TEMPS AVANT QUE NE S'ENTENDENT L'ARCHEVECHE ET LE MINISTERE.LA SUITE DEVRAIT ETRE POUR BIENTOT.
JE T'APPELE TRES BIENTOT CAR NOUS AIMERIONS ALLER TE VOIR CE WEEKEND SI POSSIBLE.
ERIC ET MARIE-JEANNE
Salut Normand,
Contente de lire les nouveautés. T'as dis une fois que les héros sont ceux qui te supportent tout au long de cette épreuve, c'est vrai. Ils sont essentiels à ton moral, à ta détermination, etc. Mais c'est bien toi qui relève ces défis de taille et qui nous permet de te côtoyer encore plus longtemps ! Merci ! Bravo ! Continue de t'accrocher aux plaisirs de la vie, à cette petite vie qui prend forme et qui te fera grand-papa !
Laisse-moi savoir si tu souhaites recevoir la visite de ta nièce et quand c'est le plus approprié, ça me ferait bien plaisir d'aller faire un tour !
À + !
Mariève xxx
Bonjour Normand,
Quelle joie de pouvoir te lire sur "ton"blog! Nous comprenons maintenant les raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas toujours te rejoindre sur ton cell..toi qui te permet de faire des sorties en solitaire! BRAVO ..tu nous épateras toujours!
On t'aime et on te reverra bientôt, promis.
Bonne Journée! Bizous.
Ginette & Guy Talbot
Réponse à Mariève, mais aussi à tout le monde
Merci de ton commentaire. Oui, je serai là pour mon petit-fils et (oui, oui... ce sera un garçon, a dit l'échographie, un scoop pour ce blog).
Chez Lucie-Bruneau, je suis un peu comme à la maison. Je peux recevoir qui je veux quand je veux. Il n'y a pas d'horaire pour les visites. Les seule restrictions seraient mon propre horaire, mes visites à l'extérieur, la bonne santé de mes visiteurs, les conflits de visites.
Règle générale, je suis pris du lundi au jeudi, du matin jusqu'au milieu de l'après-midi (16h). Toutes les soirées sont donc libres, jusqu'à 23h. Le vendredi, c'est libre tout la journée. Les samedis et dimanches, je suis à la maison (là ou je suis "visitable' aussi). Pour une petite visite rapide, il y a aussi tous les midis de la semaine. On peut alors luncher ensemble à la cafétéria.
Je ne suis pas obligé de garder ma chambre. Si tu a une sortie à me proposer, je suis toujours 'game', sauf mauvais soubresaut de ma santé. Il faut alors envisager le transport. Ce n'est pas impossible, surtout si on implique Clément, mon taxi privé. Et puis, dans un rayon raisonnable (pour celui qui doit marcher à mes côtés), je peux rouler en fauteuil. Proposez... et j'essaierai de disposer. Et il y a aussi le taxi adapté.
J'aime votre soutien, vos visites. Mais n'oubliez pas Catherine, l'autre moitié de moi-même. Elle se retrouve seule depuis 10 mois, avec sur les bras son tétraplégique, sa grande maison, son travail et un agenda impossible. Ça lui fait tellement de bien d'avoir un coup de fil, une invitation, une main tendue quoi...
Je vais me permettre de publier une partie de ce commentaire sur la page principale, car tout ce qui est ici s'applique à vous, fidèles lecteurs.
Bons baisers, Mariève.
Chers Eric et Marie-Jeanne
Durant le week-end, je ne suis pas à Lucie-Bruneau mais à Pierrefonds, à la maison, du samedi 15h au dimanche 18h. Donnez-nous un coup de fil au 514 620-7859 ou au 514-346-1723 avant de passer. On ne sait jamais: une crevaison, un contre-temps...
Catherine et moi serions ravis de vous revoir. Au plaisir !
Chers Ginette et Guy,
Toujours fidèles à ce blog, je vois...
Sachez que je ne m'aventurerais pas en solitaire sans mon cell... Quand je ne réponds pas, c'est plutôt que je suis en séance de thérapie, ou dans un endroit défendu (genre hôpital). Mais laissez-moi un message; non seulement je suis toujours heureux d'entendre votre voix, mais je me fais un devoir de retourner mes appels.
Saviez-vous que Catherine conserve certains de mes rares messages depuis des semaines. Quand elle trouve que je ne l'appelle pas assez souvent, elle écoute ceux de ces messages qu'elle préfère. Envoyez-lui un petit mot d'encouragement; je suis sûr qu'elle le conservera pour l'écouter au besoin.
J'ai apporté à la maison les magnifiques confiseries que seule St-Bruno sait faire. Inutile de te dire qu'elles ont été appréciées. Toute la famille vous remercie.
RE-BONJOUR NORMAND
JE T'APPELE SAMEDI, ET SI TU VEUX
JE PEUX APPORTER LA BOUFFE POUR TE FAIRE UN EXCELLENT BBQ, TEL QUE
PROMIS PLUS TOT SUR CE BLOG.
A+
ERIC ET MARIE-JEANNE
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